Au 1er décembre 2017 les ouvrages de Roger CARO ne seront plus distribués par les Éditions de Massanne. Les coordonnées du nouveau distributeur seront affichées sur notre site dès que nous en aurons connaissance.

Prélude

Une Arche contre les Déluges ou

la vie de Roger Caro, mon père


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Avant-propos :


J’ai 64 ans. Si je m’écoutais, je ne publierais rien des documents en ma possession, et laisserais mon père et ses livres seuls en tête à tête avec leur destinée. Mais un fils a-t-il le droit de dérober au public des éléments qui peuvent éclairer la vie et l’œuvre d’un homme ayant exercé une forte influence sur un grand nombre de personnes dans les trois domaines auxquels il s’est intéressé, avec passion et même jusqu’au dévouement? A savoir la radiesthésie, l’alchimie et l’histoire de l’Eglise. Tant de gens ont cru bien le connaître, et si nombreux sont ceux qui ont véhiculé sur lui, depuis sa mort en 1992, tant de faussetés ! Comment les rectifier sans polémique et sans être accusé de parti pris dans la présentation d’un être et d’une création qui m’ont touché de si près et qui ont fait, et font toujours, partie intégrante - ô combien - de ma propre existence? J’ai pensé qu’il fallait refuser la voie d’une biographie ordinaire, réorganisant une existence selon les désirs de celui qui l’écrit, comme si l’on pouvait être certain d’avoir sondé et compris le cœur et l’esprit de l’être que l’on raconte, ou plutôt qu’on « invente ». Qui a été mon père, que pensait-il exactement, que voulait-il vraiment, quel a été le sens profond de son action ? Je n’en sais rien. J’ai mon idée bien sûr (je l’ai tout de même accompagné 47 ans !), mais elle n’a pas valeur de parole d’évangile. D’ailleurs, est-ce à un fils de dire tout ce qu’il sait de son père, de le juger, de souligner ses faiblesses, ses erreurs, ses fautes ou ses arrangements éventuels avec la vérité ? Et s’en tenir aux qualités et aux forces, serait-ce crédible ? D’un autre côté, je dois permettre à ceux qui dans le futur s’intéresseront à son œuvre, de la saisir à partir de documents incontestables qu’il serait égoïste et scandaleux de garder à jamais enfouis : autoriser une connaissance relativement juste de l’itinéraire spirituel d’un homme, qu’ils l’aient ou non connu, telle est l’exigence qui a guidé ma décision.

Mon propos est donc de donner du grain à moudre aux lecteurs et aux chercheurs de toutes sortes et de toutes motivations, sous forme de documents inédits fort variés (lettres, pièces administratives, registres, procès-verbaux, articles de journaux, etc.) qui permettront de confronter des « légendes », si nombreuses, à la réalité. Ce qui ne revient pas à dire que je vais tout publier de ce que je détiens et révéler tout ce que je sais. Respect ou sympathie pour certaines personnes, charité pour d’autres ou refus de la polémique, sens particulier de mon amour ou de mon devoir filial : autant de raisons parfois de garder le silence ou de ne pas en dire plus. Au lecteur alors de comprendre et de tirer le sens des documents présentés en lisant entre les lignes. Partagé entre deux impératifs, faire connaître et garder une certaine réserve, j’ai effectué un choix qui me paraît raisonnable : le chemin qu’a parcouru mon père sera rapporté, dans l’ordre chronologique, seulement par des documents dont les originaux, si c’est matériellement et financièrement possible, devraient figurer plus tard en annexe. Les grandes étapes de sa vie et de son œuvre ainsi restituées seront simplement reliées par des transitions, les plus courtes et les plus sobres possibles, signalées par un changement de typographie. De même, pour bien distinguer les textes et les faits évoqués des appréciations que je peux y apporter quand je l’estime nécessaire, c’est seulement dans les notes de bas de page que j’interviendrai. Ainsi il sera clair que ma voix n’est pas celle des personnes qui parleront dans les textes cités, et chacun sera libre de tenir compte ou non de mes réflexions. Quant au fond, mon propos n’est ni d’ordre apologétique ni d’ordre satirique. Les événements rapportés le sont par ceux qui les ont vécus, dans leur subjectivité d’acteurs ou de témoins. Mon père fut-il un grand initié, ce qu’il est pour les uns, ou un affabulateur si habile qu’il finissait par croire lui-même à ses propres fables, ce qu’il est pour d’autres, ou un peu des deux à la fois, son œuvre constitue-t-elle une patiente et cohérente réalisation ou une mosaïque attrape-tout ? Pour ma part, enfant et adolescent, l’aventure, à vivre, fut fabuleuse et exaltante. Adulte, elle fut toujours enrichissante et, même si je ne partageais pas, loin de là, tous ses choix, j’ai aidé mon père dans son œuvre chaque fois qu’il me l’a demandé, même si les toutes dernières années de sa vie, happé par mes activités professionnelles de professeur en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles et de membre du jury de l’Agrégation interne des Lettres modernes, j’en ai été plus éloigné : de l’œuvre et des activités des Associations qu’il avait fondées s’entend, pas de l’homme ! Encore aujourd’hui, je lui suis reconnaissant d’avoir suscité en moi le sentiment du Beau et l’aspiration à l’élévation de l’esprit et de l’âme. Car pour moi, avant d’être Patriarche de l’Eglise Universelle de la Nouvelle Alliance (E.U.N.A) ou Imperator des Frères Aînés de la Rose-Croix (F.A.R+C), Roger Caro a été un père aimant et aimé. Il l’est toujours, et depuis dix-sept ans, pas un seul jour ne se passe où je ne ressente la plaie toujours béante en moi de sa disparition.


Cependant, ici, c’est l’itinéraire de l’homme que rien, par ses origines ou son éducation, ne semblait prédestiner à devenir précisément Imperator et Patriarche qu’il me faut retracer. En ouverture, j’ai placé une « Vie de R. », écrite par Madeleine, la seconde épouse de mon père et ma seconde maman, trop tôt disparue (en 1976), comme la première d’ailleurs. Cette « Vie de R. », écrite dans la veine hagiographique des « vies de saints », dit assez l’admiration qu’elle portait à mon père : je suis heureux de rappeler sa mémoire et de lui rendre hommage. Ensuite, la vie et l’œuvre de Roger Caro, alias Pierre Phoebus, Theourgia, Kamala Jnana, Pierre Deloeuvre… seront scandées par des documents répartis en quatre grandes périodes : la première, de 1911 à 1947, est à mes yeux la « préhistoire » de mon père, de sa naissance à la mort de « Ri », son épouse et la mère de ses deux enfants (ma sœur aînée et moi). La deuxième période correspond à la radiesthésie. La troisième à celle où l’alchimie était prépondérante. La quatrième au développement de son Eglise (parallèlement à la poursuite de ses activités concernant l’alchimie).
Ainsi, d’étape en étape, mon père, à la barre de son Arche affrontant les Déluges, est passé de la Terre au Ciel pour, selon ses aspirations et ses convictions, y retrouver les siens et surtout sa « Ri », sa « Laetitia », sa conseillère céleste à laquelle jusqu’à sa propre fin, il ne cessera de faire référence, dans ses écrits ou dans ses discours. Si le Temps m’en laisse le temps, je terminerai l’évocation de son passage terrestre par quelques informations et réflexions sur ce qui s’est passé après sa mort. J’ai gardé le silence depuis dix-sept ans pour ne pas gêner ses successeurs, et leur laisser toutes leurs chances sans nuire à leur action. J’ai laissé colporter bien des bruits mensongers ou du moins erronés. Maintenant que les années ont passé, certaines vérités méritent d’être dites, toujours évidemment assorties de documents, et je dirai ces vérités si je vis assez pour le faire. Si je meurs avant, voyez-y le signe que le silence aura été jugé, « en Haut », préférable à la révélation, et j’emporterai à mon tour quelques secrets dans ma tombe. D’ici là, je continue, quoi que j’en pense, de souhaiter bonne route à ses successeurs, même si cette route est fort éloignée de celle rêvée par mon père. Je reconnais d’ailleurs en être en partie responsable, lui ayant fait savoir dès 1988 mon refus de prendre sa suite, même si, jusqu’au bout, il a toujours espéré que je reviendrais sur ma décision. Ce ne fut pas le cas, et ça ne l’est toujours pas : je n’ai ni la vocation ecclésiastique ni l’ambition ou même la simple volonté d’être le Guide ou le Maître à penser d’une communauté d’alchimistes ou d’apprentis alchimistes, persuadé d’être l’héritier d’une tradition multiséculaire. Fils fidèle, oui. Nouveau Patriarche ou nouvel Imperator, non ! L’œuvre et l’univers que mon père a créés (je dis bien créés) ont pour moi leur valeur en eux-mêmes, non dans l’ancienneté que mon père leur a souvent prêtée pour mieux asseoir leur validité et son autorité.
Je vous invite donc à parcourir à votre tour cet « itinéraire ». Livre des merveilles ou succession de balivernes, machine à faire rêver ou inépuisable matière à raillerie? Chaque lecteur jugera, interprètera. Quelques mois avant sa mort, mon père m’avait dit : « J’ai manqué ma vie ». J’avais protesté, mis en avant ses deux enfants, la réussite et le rx centre 24 de ses Associations, l’importance de ses livres, l’aide qu’ils apportaient et continueraient d’apporter après lui. En vain, je le sentais bien, mais je ne comprenais pas pourquoi il tenait de tels propos, ou plutôt je pensais qu’ils étaient dus seulement à mon refus de lui succéder et à ses inquiétudes quant à l’avenir de ses Associations. Après la lecture de tout ce que j’ai trouvé et après de longues conversations avec des gens qui l’ont bien connu, je crois maintenant qu’il s’agissait d’autre chose de plus profond. Depuis, une question me hante : « Et s’il était à refaire, referait-il ce chemin ? » Je n’ai, hélas, pas de réponse.


Daniel Caro

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